Sans titre. Photographie en noir et blanc, 24 X 36. Clamart. Entre 1987 et 1988. Dans une entreprise de staff.
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Sur cette page qui est en cours de réalisation : L’assemblage et le chapitre 1
Ma caverne en plâtre / Machinerie d'ascenseur. Aiguille du Midi. (En me remémorant : " VIENS, POUPOULE ")
A propos du plâtre et des cavernes [Tous les ans, pendant six ans, je me suis cassé le bras. Plâtrage. Vingt et un jours. Le plâtre, avec son blanc sali, sa trame de tissu accrochant des fragments au niveau du poignet.] […] Tu te réveilles dans un égout tiède, environnée de mie de pain détrempée. Tes jambes, couvertes de sangsues, dessinent dans le noir du tunnel des arcs phosphorescents. Je t'entends au loin, le clapotis de tes fesses dans l'eau de la voûte inversée m'appelle dans [ce] boyau filiforme. Je rampe, tiré par six chiens aveugles, longs bâtards privés de leur mère trop tôt. Dans ma tête passent et repassent des calculs sordides : " Voyons, ça me coûte tant… Il ne faudrait pas que je me fasse avoir… " Tu m'aspires, la tête renversée en arrière ; tes longs doigts de goule tripotent l'extrême de notre arborescence - fils ténus que déjà tu détaches de tes lèvres, de tes lettres. Ton haleine de vieux livre, femme-bibliothèque, nymphe absolue du bois devenu savoir ; tu es tout ce qu'il y a de végétal dans l'édition ; je me plaque contre toi, long fuseau-tronc ou reliure ; craquent les vieux papiers trop secs. Mon cœur impatient te cherche dans ce tuyau de gaz. Mon cœur impatient t'espère dans cette urne où rugissent tes mélodies obscènes, obsessionnelles : conseils pédagogiques en arabe, en sémite. Tu cries ton amour en langue d'arbre. Tu me regardes soudain, dans la nuit phosphorescente de ton corps, comme un enfant inconnu, froid et indésirable. (Manuscrit de " Dans la Selve obscure ". 20 octobre 1984. Texte 20/10 b) La nuit, c'est l'espace qui se trouve entre le plancher et le plafond. (Journal 16 avril 1981 - Vergetures. II - 1984) […] Qui ne s'est amusé à casser des silex dont l'odeur de feu rappelle alors je ne sais quel attachement trivial ? Je me suis niché comme un noyau dans les vasques maternelles des rochers de Fontainebleau. J'ai ressenti la confuse alternance de paix millénaire et de terreur abyssale qui émane des cavernes… (Les Pierres et leur poétique. 1978/1980) [Dans la caverne en plâtre, une partie de strip poker.] A propos des appareils de reproduction sonore [Les tourne-disques, les amplificateurs, les baffles, les haut-parleurs, les " transistors ", les magnétophones, les disques (noirs), et - aussi - le téléphone.] [Dès ce premier assemblage figure une photo dans laquelle se trouve l'image d'un haut-parleur.] [Je me souviens d'une dispute entre ma mère et mon père à propos du magnétophone à bandes. Un gros machin qui sentait l'électricité statique et le cuir. Il était question de jeter cet appareil permettant d'enregistrer aussi des conversations téléphoniques.] [Idée d'un poste de radio qui serait prédécoupé en tranches - comme du cake - et posé sur une commode. Les tranches tomberaient les unes après les autres au fil d'une action qui se déroulerait sur une scène.] […] Chose curieuse : c'est au moment où j'ai décidé de ne plus " barrir " (de ne plus jouer de saxo, en dehors des messes des jeunes à Méru) que je me suis mis à écouter et à enregistrer les disques de saxophonistes de jazz (Coltrane, Barbieri…) (Journal. 31 janvier 1981) Dans la série des grands châtiments légendaires - du Juif errant au mythe de Sisyphe - il fut condamné à n'obtenir le repos de son âme que lorsqu'il aurait exécuté, lui qui était tout juste capable de " barrir " l'air des "Lavandières", tous les morceaux de musique qu'il avait entendus en disque au cours de sa vie. Son père, prévoyant par intuition cette issue dramatique, brisa un jour dans sa course un microsillon hurleur de Sreamin' Jay Hawkins. (Journal 31 janvier 1981 - Vergetures. II - 1984) [Y'a comme un charme dans ma vie. Quelque chose qui occulte. Douloureuse conscience de mon incapacité à être en relation avec les autres. Une contrainte qui s'estompera peut-être un jour. Lorsque je serai " désenvoûté ". La première femme de mon père, l'épouse lapone délaissée, m'a t'elle jeté un sort ? " I put a spell on you " (Je te jette un sort…) chante, hurle ce personnage inquiétant. Aujourd'hui encore, il m'effraie. Mon père n'a pas supporté l'écoute du 45 tours de Screamin' Jay Hawkins qui passait sur " sa sono ", dans la salle de séjour. Il l'a enlevé du pick-up et l'a brisé dans ses mains, à la grande colère de ma mère.] […] Quelle préhistoire m'ouvrirait l'écoute d'un vieil indicatif de radio ? Dans la buanderie, je suis lavé dans le gigantesque bac en ciment. Quel ventre ! On y aurait noyé une vache ! Ma mère évolue dans cette pièce de vapeur entre les écoulements terribles et la radio. Le poste, carrossé comme une Buick, plongea un jour dans la lessive. Repêché, essuyé, ses piles remises en place, il repartit pour une nouvelle jeunesse. Mais cette ambiance radiophonique, quelle saveur avait-elle ? Je suis sourd à mon souvenir. Et pourtant, la T.S.F., je l'ai entendue à travers les cloisons ; en résonance, d'une pièce à l'autre ; du jardin, l'été, lorsque la fenêtre de la buanderie était ouverte. Quel territoire ai-je dû me construire sur l'éloignement ou le rapprochement de ces effluves ? Loin, là-bas, tu ne perçois plus rien. " Dépêches-toi, ton père arrive… " (Journal 16 janvier 1981 - Vergetures. II - 1984) [Les disques. Deux fois, je les ai perdus. Une première fois dans un oubli en auto-stop. La voiture s'éloignait, les disques avec. La deuxième, un prêt. " Tu vas les enregistrer, tu me les rendras après ". Séparation. Plus de disques. Aujourd'hui, je suis toujours réticent pour en acheter. Je préfère les emprunter à la " médiathèque " municipale.] [J'ai longtemps nommé les appareils de reproductions musicales des " appareils à zinzin ".] [Je me suis longtemps contenté d'un petit magnétophone à cassettes et d'une bouteille d'alcool de prune.] [J'ai fréquenté pendant quelques temps N*. Il m'a invité à venir lui rendre visite dans un studio qu'on lui avait prêté. Boîte de biscuits remplis de cachets. De l'acide. En veux-tu-en-voilà. Un désordre indescriptible dans la pièce. Tout ravagé. La cuisine en décomposition. La guerre. DES DIZAINES ET DES DIZAINES DE DISQUES CASSÉS, partout, sur le sol, sur les meubles. Des lots de disques trouvés à la décharge. J.J. tirait dessus au pistolet à plomb, comme au tir aux pigeons. Soudain, les propriétaires reviennent de leur séjour. Crise de nerfs de la dame. J'ai fui sans demander mon reste.] [L'une des fois où je me suis rendu au Salon de l'Enfance, à la Porte de Versailles, j'ai été intéressé par une attraction qui utilisait un plateau tournant sur lequel était placé une feuille de papier. En jetant de la peinture de couleur, on obtenait ainsi des dessins rayonnants. J'ai reproduit ce dispositif dans mon grenier avec un vieux tourne-disque. Il me reste un fragment de peinture réalisé avec ce procédé.] […] [Je hais - ai-je besoin de le dire - les animateurs commerciaux. A Alfortville, nous avons été gâtés, avec un haut-parleur sous notre fenêtre, et la quinzaine commerciale, tous les ans, à la rentrée…] [A l'armée, il y avait une sonorisation de tous les bâtiments, commandée depuis le petit bureau de " la semaine ". Une nuit, je suis allé sectionner les fils qui passaient dans l'escalier. Plus de bruit, le lendemain matin ! Pendant une bonne semaine, les techniciens du régiment de transmissions où j'effectuais mon service national cherchèrent la panne dans les tripes de l'émetteur.] […] [Le rubis, c'est la couleur suspendue dans un espace de pierre. Le voyant rouge de l'ampli de mon père. La petite lumière du Saint Sacrement, dans les églises.] […] [À Alfortville, nous avons voulu remettre en état les gros baffles que N* nous avait offerts pour notre mariage. Il fallut remplacer les haut-parleurs. Comme les modèles circulaires n'étaient plus commercialisés, il fallut adapter des haut-parleurs en losange sur une semelle de bois. En transportant avec un diable un des gros baffles, j'ai glissé sur la bande glissante du passage clouté, sous la pluie, un soir. Le manche du diable m'est rentré dans le doigt comme un poinçon. Sang. Je n'ai jamais payé le travail du médecin noir qui m'a recousu, la clinique venait d'ouvrir.] [Je remarque toujours la présence des appareils de reproduction sonore, lorsque je vais chez les gens.] A propos de " VIENS, POUPOULE " 12 juillet 2000. Et si je partais du titre du morceau, interprété par la fanfare des Beaux-Arts, pour aller vers " le vertige " et ensuite vers " le passé " ? Alors, je pars de " VIENS, POUPOULE "… La journée commence " tordue ". Mauvaise conscience d'avoir largué mon Pierre, comme ça, à la va-vite, au centre de loisirs. Je ne lui ai même pas donné de vêtement de pluie… Il va faire ces coloriages stériles alors qu'à la maison, il pourrait peindre sur des grandes surfaces… Et cette clef, laissée en reprise. Ridicule. Nous l'avons " donnée ". Encore 130 F de notre poche. C'est ridicule. Et la trottinette de Pierre, qui va être volée au centre de loisirs, c'est sûr. Il y a des jours comme ça, où tout est glissant, incertain… (Journal. 12.07.2000) [Pourquoi ai-je commencé par ce titre-là ? Il doit symboliser quelque chose pour moi. La fête, la musique de danse par excellence ? Je le connais bien, aussi. Cela fait partie des morceaux que je sais jouer au saxophone. Il faisait partie du répertoire de la Fanfare d'Auteuil. Nous l'avons joué bien des fois sur les marchés ou dans les fêtes. Je ne suis pas insensible non plus à son côté " populaire ".] [La scène se passe pendant la guerre de quatorze. Enfreignant les ordres, un soldat revient chercher un blessé sur le champ de bataille. Le blessé donne sa fille à son sauveur pour le remercier. C'est ainsi qu'un fils de joaillier du boulevard Saint-Germain va se retrouver marié avec une ouvrière. Mes grands-parents maternels. Le joaillier s'est suicidé après s'être ruiné aux courses. Le bourgeois sera renié par sa famille. " Il rêvait ", m'a raconté plusieurs fois ma mère. " Il restait de longs moments à rêver, le soir dans le jardin, en regardant les étoiles. " Il a travaillé aux forges de Meudon. Il est mort de la silicose. Je porte dans mes gênes des sensations d'enfermement, d'engluement, qui furent peut-être les siennes. Est-ce à cause de lui que j'ai une soif inextinguible d'espace ? Que je redoute les intérieurs encombrés de meubles, de bibelots, d'affaires, avec du papier peint qui me colle à la figure ? Ces lieux étouffants où la télévision est allumée sans arrêt, du matin au soir, où l'on ne peut plus penser, s'isoler, sauf la nuit, dans le secret d'un temps immense et interdit. Mais, en même temps, je suis fier de ma grand-mère Badie. Elle a vendu des oranges devant le Gaumont Palace, place Clichy, en se cachant des agents. Elle a travaillé en usine. Une de ses mains était mutilée. Elle savait les chansons d'atelier, diffusées par les " petits formats ". Je garde un fort souvenir de son côté gouailleur, de ses expressions (" C'ui-là, il est dégoûté d'la merde depuis qu'il y a trouvé un ch'veu ! "). De sa gourmandise de chat. Lorsque je vois la façon " entomologique " avec laquelle on considère la vie populaire au Musée des Arts et Traditions Populaires, cela m'agace. Cette image insaisissable du monde populaire, vivace chez Vigo, pétrifiée chez Doisneau. Ce côté canaille enchantait mon père, par réaction contre son milieu qui méprisait la gouaille et les bistrots. ] La maison a été construite en 1928. Elle a été achetée à Mme Collet, dont le mari était rebouteux. Ils possédaient une guinguette, " Le Pavillon bleu ", qui se trouvait près de la maison, au milieu de ce qui allait devenir la place de la Division Leclerc. (Journal. 03.01.2000) [Elle a été détruite en 2001, la maison, avec tout ce qu'il y avait autour, le grand bâtiment de l'E.D.F., le pavillon des Ribet, l'immeuble populeux où habitait mon copain Jacky, avec son odeur de bois, de plancher, de renfermé…] [Tous les personnages étranges qui gravitaient autour de nous… " Trompe-la-Mort ", qui tenait le bar lors des bals du 14 Juillet dans l'atelier, " Buffalo Bill ", le père Lapouge, l'un des " rabouinos ", qui avait repeint la presse de trente tonnes en rouge cirque, " Ping Pong ", le père Caudron et son bric-à-brac hallucinant dans sa maisonnette de Meudon, et tant d'autres…] J'ai été élevé en Mandchourie, ou en Laponie, ou en Alaska… N'importe où pourvu qu'il y fasse froid. " Une steppe pour madame, une steppe pour monsieur… " Comme sur le plateau, en face du fort de Châtillon… A perte de vue, l'enveloppait cet espace désert et glacé, si vide qu'il semblait abstrait, si dénué de points de repères que la notion du temps s'y perdait. De loin, on aurait dit qu'un cirque s'était égaré ici. Une sorte de saloon, flanqué d'une roulotte, était plantée là, en plein désert. " Ah ! Ils ne manquent pas d'humour d'avoir appelé ça : " Aux Iles Hawaï " ! ". Curieuse analogie, entre ce havre improbable, décor d'un théâtre aussi éphémère que le chapiteau de l'épeire, et ce pavillon construit en dur, avec son air mastoc et ses linteaux de fer… Il faut dire qu'à vos yeux, celui-ci ne faisait pas vraiment le poids. S'il était posé sur un terrain frappé de servitude militaire, il se déclassait surtout par son absence de vrai sol : il vous apparaissait finalement plus fugace que la corolle d'un feu d'artifice, et pourtant, terriblement présent. Mais d'une présence trouble, comme si ses murs avaient été élevés sur un soubassement de meulières gonflables, postiches, de ces " pierres " molles placées au fond des fosses du parcours du combattant, au camp de Mourmelon, et qui s'enfonçaient sous le pied, ainsi que la mousse infâme du cœur des arbres malades. (Dans la Selve obscure. 1984/1985) A propos de la montagne […] [Il y a eu un premier séjour, avant que j'entre en pension. Ma mère voulait que " moi aussi, je puisse aller à la neige, comme les autres…) Je me souviens de la Suisse, et en particulier de la qualité graphique des beaux timbres " HELVETICA ". […] [Avec mes parents, visite du château de Louis II de Bavière. Route " féerique " sous la neige, qui montait dans une forêt de sapins. Carton-pâte des sentiments.] […] [Les machines derrière la vitrine où se reflètent les tubes fluorescents sont celles de l'ascenseur de la plate-forme supérieure de l'Aiguille du Midi. Nombreuses touristes japonaises (" ces chèvres ", comme disait l'employé des ascenseurs). Cette machinerie, dans cette caverne digne des repaires de l'Ombre Jaune, dans les aventures de Bob Morane, me rappelle les machines-outil de la tôlerie de C.L.C. : la presse de trente tonnes, la grande cisaille, les perceuses, le poste de soudure autogène, etc.… J'entendais les chants des ouvriers. La maison était ébranlée par les coups sourds de la presse. Le soir, si je devais traverser cette zone inquiétante, je faisais attention de ne pas heurter les bras de la cisaille. Mon père était au loin, dans l'atelier, sous la lampe. J'allais essayer de négocier avec lui l'arrêt des cours d'allemand. En vain. C'est là qu'avaient lieu les bals.] A propos de " mon grenier " [Ce n'était pas un vrai grenier. C'était une soupente, attenante à ma chambre, qui était située à l'étage. Elle mesurait environ deux mètres sur deux. Elle avait un plafond oblique, qui épousait la pente du toit. Sa petite fenêtre verticale, de la taille d'un " tirage 30x40 ", donnait sur le devant de la maison et la rue de la Division Leclerc. Elle était encadrée de feuilles de vigne vierge, sauf en hiver. Mes parents avaient aussi chacun un grenier en soupente. Celui de ma mère sentait les herbes et le tissu sec. Par la lucarne, on pouvait voir le toit de tuiles et la gouttière. Et le jardin d'à-côté. Vers Paris, au loin. Celui de mon père était toujours fermé à clef. Domaine interdit, avec le chemin de fer miniature et les armes. Le placard peint par mon père, scène de port, voie ferrée et grues. Une petite fenêtre, symétrique à celle de mon grenier, difficile à atteindre à cause du plateau sur lequel reposait l'impressionnant circuit de chemin de fer. Il s'étalait sur toute l'épaisseur du pavillon. Une forme de " f ", avec un rétrécissement au niveau du conduit de la cheminée, au milieu. Deux boucles. Les locomotives " Märklin ", les wagons avec leurs couleurs de velours. Au fil des années de mon adolescence, mon grenier a connu différents " décors " (voir l'assemblage N°17). Le dernier d'entre eux fut celui de ma grotte en plâtre.] ********************************** FIN DES PAGES DE TEXTE DU CHAPITRE 1 Pages hors-texte du chapitre 1 (Extraits)
Texte du chapitre 1 du Catalogue du Sol double (Extraits) Chapitre réalisé en 2001/2002 Sommaire : - A propos du plâtre et des cavernes - A propos des appareils de reproduction sonore - A propos de " VIENS POUPOULE " - A propos de la montagne - A propos de " mon grenier "
Ma caverne en plâtre. . Photographie en noir et blanc, format 110 (4 X 4 cm). Fait partie des " Photos du passé ". Clamart. Entre 1971 et 1972.
Machinerie d'ascenseur à l'Aiguille du Midi. Photographie en noir et blanc, 24 X 36. Série des " photos du vertige ". Chamonix. Décembre 1992.
Le couple de photographies de l’assemblage 1
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